Le souvenir qui redonne la volonté
La vie, c'est comme un arbre que l'on abat; ça va toujours plus vite que ce que l'on pense, et avec le temps, on n'y fait plus trop attention.
Cette règle s'applique à tous, qui que l'on soit, et Alexandre vient de s'en rendre compte: après s'être retrouvé projeté sur un sol en bois dur et abîmé, et en un fragment de seconde, il revoit un passage de son passé.
Une sonnerie scolaire retentit, et un flux d'élèves chahuteurs entra dans une grande classe carrée.
Alexandre était là, adossé à un grand tableau noir. Il avait des cheveux blonds foncés, presque châtains, coupés court, et ses yeux bleu foncés, presque fantomatiques étaient tournés en direction d'une fenêtre située sur sa gauche.
A sa droite, deux personnes parlaient. La première, un homme qui devait mesurer un bon mètre quatre-vingt-dix de haut, chauve, avec des yeux marron très clairs et un visage rondelet, portait une chemise blanche, tenue par une cravate bleue ciel, et un pantalon bleu marine aux reflets noirs.
Face à lui se tenait une femme brune qui avait au maximum la trentaine. Elle avait le visage sévère et portait sur son petit nez une paire de grosses lunettes rondes. Vêtue d'un ensemble rouge bordeaux, elle ressemblait à une guirlande de fête à côté des habits kaki d'Alexandre.
Il portait des rangers ainsi qu'un pantalon et une chemise vert kaki avec à la taille une large ceinture. Il avait également sur son avant bras droit un bracelet de cuir qui le recouvrait entièrement.
En le voyant, quelques élèves sifflèrent discrètement, mais Alexandre en vit un lancer suffisamment haut un: "Garde à vous!", puis, lorsque chacun fut à sa place, l'homme chauve s'avança d'un pas afin de faire immédiatement cesser tous les bavardages et prit la parole:
- Bonjour à tous!
Il y eut un Bonjour collectif et respectueux, puis il poursuivit:
- J'espère que tout s'est bien passé depuis votre rentrée! Comme vous avez pu le constater, nous avons changé nos locaux, mais aussi de directeur! Et oui, Monsieur Bluto a pris sa retraite en fin d'année scolaire, et depuis, c'est moi qui le remplace. Mais bon, si je suis venu, c'est pour vous présenter votre nouveau camarade (Il fit un signe à Alexandre et celui-ci s'avança de trois pas.). Il s'appelle Alexandre Schudler et il nous vient d'un institut spécialisé du massif central. Je sais que cette classe n'a pas changé depuis quelques années déjà, et un peu de sang neuf ne vous fera pas de mal. C'est pour cela que je compte sur vous pour qu'Alexandre soit correctement intégré au sein de cette classe.
Il lui donna alors une tape amicale sur l'épaule et lui murmura :
- Surtout, tache de ne pas oublier ce que nous avons dis ce matin!
Alexandre acquiesça d'un signe de tête et s'avança dans la classe, son sac sur épaule.
Il avait en ce moment même la désagréable impression que tous les regards de la classe étaient posés sur lui et il se sentit mal à l'aise.
En le voyant s'avancer dans sa rangée, une fille rousse et au visage joufflu retira son sac de la chaise dans l'espoir qu'Alexandre y prenne place, mais il passa à côté sans même lui adresser le moindre regard.
Son teint vira aussitôt au rouge lorsque des rires moqueurs s'élevèrent des tables voisines, puis elle regarda de biais Alexandre s'assoir au fond de la classe, à une table libre. Il tira une chaise pour s'asseoir, et lorsqu'il posa son sac sur celle qui se trouvait à sa droite, un bruit de ferraille en sortit.
- Je voulais aussi m'assurer que vous aviez pris connaissance du règlement intérieur; tout d'abord, qui l'a lu?
Quelques doigts se levèrent, dont celui d'Alexandre.
- Bon, reprit-il, je compte sur vous pour qu'à la fin de la semaine tous l'aient lu. Mais je vais tout de même vous donner quelques points que l'on ne répète souvent pas assez!
Il sortit de la poche arrière de son pantalon un bout de papier soigneusement plié qu'il ouvrit et posa sur le bureau.
- Comme vous avez pu le constater, à partir de cette année, l'internat des filles se trouve face à celui des garçons, alors il va de soi que je ne veux y trouver aucune personne indésirable ou qui ne devrait pas y être! (son regard s'arrêta sur chaque garçon de la classe, provoquant un court instant de malaise) Il en va de même pour ceux qui seront pris entrain de boire ou de fumer des substances illicites dans l'enceinte de mon établissement!
Il attendit quelques secondes avant de replier son papier et de le ranger dans la poche où il l'avait pris.
Il serra ensuite la main du professeur et se dirigea vers la sortie. Au moment où il allait ouvrir la porte, il fit volte face et dit:
- Il est aussi logique que personne ne doit être retrouvé entrain de se promener la nuit dans le lycée, et encore moins à pêcher dans l'étang! (en disant ceci, son regard resta fixé sur Alexandre, comme s'il le mettait au défi d'essayer). Merci de votre attention et bonne semaine!
Puis il sortit. Le professeur regarda la porte se fermer, puis elle se tourna vers la classe:
- Bon, nous avons perdu assez de temps, vous avez tout de même passé l'âge où ce sont les professeurs qui présentent les nouveaux arrivants, alors je vous laisse vous débrouiller entre vous en fin de cours; pour ma part, je m'appelle Josiane Ponse, et je suis votre professeur de mathématiques, de physiques et de chimies, sans oublier d'informatiques. Maintenant, ouvrez vos livres page cent quatre-vingt trois, et vous me faites l'exercice numéro huit!
La plupart des élèves soupirèrent en sortant leurs livres, cahiers et calculatrices. Alexandre entendit même des injures murmurées, puis il sortit son livre et l'ouvrit à la page demandée. Il lut et relut l'énoncé, puis il griffonna un nombre sur un bout de feuille avant de refermer son livre et de regarder par la fenêtre. Il entendait les bruits de plumes qui grattaient à toute vitesse sur les copies, les élèves qui soufflaient des calculs à leurs voisins. Au bout de trois minutes, celui qui se trouvait devant lui leva la main en appelant le professeur.
Il était petit et maigre comme un anorexique, avec un visage vicieux, et ses petites lunettes n'arrangeaient pas son cas. Ses cheveux châtains clairs qui partaient dans tous les sens donnaient l'impression qu'il avait fait de la prison et qu'il venait d'en sortir le jour même. Il portait un maillot de corps bleu marine, avec un pantalon foncé.
- Qu'y a-t-il Arthur? demanda la professeur
- J'ai un problème m'dame! dit l'élève en se tenant la tête.
Il y eut un rire moqueur de l'autre côté de la classe:
- Entendez donc ça, le petit "Tutur" a encore des problèmes, dit l'élève, je me demande vraiment comment on a pu accepter quelqu'un d'aussi mauvais dans cette classe!
Alexandre le reconnut aussitôt; il s'agissait de l'élève qui avait dit "garde à vous" en entrant dans la classe.
Il était de taille moyenne, avec une peau bronzée. Il avait des cheveux noirs, frisés et qui partaient en bataille. Son nez retroussé se mettait à frémir dès qu'il rigolait et ses yeux verts semblaient vicieux.
Alexandre remarqua que personne n'osait répondre, comme si cet adolescent était craint. Il fallait qu'il en ait le c½ur net, il dit alors à haute voix:
- Au moins, il essai de comprendre et de progresser, pas comme ceux qui connaissent déjà et qui se permettent de critiquer les autres! En revanche, c'est ceux-ci qui ne font que régresser, et ça se voit!
Il avait visé juste, lorsqu'il eut fini, il entendit des sifflements "d'admiration", des murmures, et même des rires discrets sur les tables devant lui.
Le garçon rougit de honte, mais ce sentiment ne fut que de courte durée car le professeur intervint juste avant que la situation ne dégénère:
- Ce n'est pas parce que tu es nouveau que tu es autorisé à ne pas faire tes exercices; où sont tes cahiers?
- Des cahiers, mais pourquoi faire? demanda Alexandre en soutenant son regard accusateur. Ce sont des calculs qui sont si simples, une minute à peine pour vous trouver la réponse.
Le garçon dit alors sur un ton de provocation:
- Vous avez tous entendu, ce type prétend pouvoir réaliser de tête des équations du premier degré à cinq inconnues, et ça en moins d'une minute!
- Très bien, si tu ne me crois pas, faisons un petit pari: le professeur va nous en donner une à réaliser, et nous devrons la résoudre comme nous le voulons, et avec le temps nécessaire pour la réaliser! dit Alexandre en haussant les épaules, comme si c'était banal pour lui de provoquer un autre élève.
L'élève réfléchit quelques secondes, puis dit:
- Tenu!
Alexandre se tourna alors vers le professeur et lui dit:
- Madame, serrait-il possible que ...
- Non! répondit-elle sèchement, ce n'est pas un lieu de duel ici, mais une classe de cours!
- S'il vous plait, et vous pourrez coller celui qui se trompe dans son calcul pour manque de respect ; ça vous va?
Il vit le professeur réfléchir, puis lui sourire. Et pendant qu'elle inscrivait son calcul sur le tableau noir, Alexandre vit que l'autre élève le regardait, convaincu qu'il refuserait le calcul étant donné les clauses du "duel".
Le professeur commença donc à inscrire le calcul sur le tableau. Dès qu'il fut terminé, elle n'eut pas même le temps de poser la craie qu'Alexandre avait déjà inscrit la solution sur un bout de papier.
Là, les murmures de stupéfaction ne furent plus aussi discrets que quelques secondes plus tôt. Dans toute la classe, les élèves parlaient entre eux, comme s'ils étaient dans la coure de récréation.
L'autre élève se trouva alors perturbé, et après un ultime effort de concentration, il se remit à ses calculs.
Il mit un quart d'heure avant de souligner enfin le résultat sur son cahier et de remettre sa feuille au professeur. Cette dernière ramassa les deux copies et regarda les deux résultats. Son visage devint alors vitreux, comme si elle cherchait à comprendre quelque chose d'incompréhensible, puis elle s'éclaircit la voix et dit:
- A mon grand étonnement, la bonne réponse est celle d'Alexandre...
- Mais c'est impossible! s'écria l'élève, il ne peut pas résoudre un tel problème en même pas dix secondes, et personne ne le peut!
- Et bien si! répondit Alexandre. Je viens de te prouver le contraire, à moins bien sûr que tu ne penses que nous sommes deux à nous être trompés, et si c'est le cas, je te prie de bien vouloir me le montrer.
Il insista légèrement sur la dernière phrase, et des rires résonnèrent dans toute la classe. L'élève devint rouge écarlate, et après avoir regardé toute la classe se payer sa tête, il s'apprêta à répondre quelque chose, mais le professeur jugea bon de couper court à cette discussion, et elle les remit tous sur les exercices.
Alexandre passa alors le reste de l'heure à contempler la nature par la fenêtre, comme s'il ne l'avait pas vue depuis bien longtemps.
Lorsque la cloche retentit pour la dernière fois de la matinée, il fut le premier dans le parc du lycée. Il alla s'asseoir au bord de l'étang et commença à regarder l'eau.
Il entendit alors des murmures dans son dos, certes pas fort, mais il arrivait à comprendre tout ce qui était dit:
- Allez, vas-y! dit une voix peu confiante.
- Mais tu n'as qu'à le faire toi même! Je ne suis pas ton chien! répondit une voix de fille énervée
- Oui, mais toi tu es une fille...
- Bien vu, coupa la voix de fille, je suis contente de constater que toutes ces années que nous avons passé ensembles t'on tout de même permis d'ouvrir les yeux!
- ... et personne ne peut refuser l'invitation d'une fille, continua la voix comme s'il ne s'était rien passé.
Il parvint même à entendre une troisième personne qui soupirait, comme si ces chamailleries étaient des plus courantes.
- N'oublie pas ce que tu m'as dit la semaine dernière! dit alors la première voix comme si elle voulait couper court à cette discussion.
- C'est bon, céda la fille, je vais y aller, mais après ça, nous serons quitte, ok!
- Je t'avais bien dis qu'il ne fallait jamais parier avec cette fouine, dit alors la voix de la personne qui avait soupiré.
Il n'y avait aucune exaspération dans sa voix, mais plutôt de l'amusement.
- Ah, ça oui, plus jamais personne ne me reprendra à parier avec lui, ça c'est sûr! dit la fille, comme si l'évocation de ce souvenir était douloureux.
Alexandre ne se retourna point; il avait réussi à coller un nom et un visage à la première voix car il l'avait entendu pendant la matinée. Il ne devait s'agir ni plus ni moins d'Arthur, mais les deux autres, il ne voyait pas du tout de qui il pouvait s'agir. Il entendit quelqu'un faire trois pas dans sa direction, sûrement la fille, puis cette dernière s'arrêta net. Alexandre entendit alors des exclamations venir d'un peu plus loin, et il savait pertinemment de qui il s'agissait:
- Tiens, tiens, tiens, mister "Tutur" et son équipe sont venus rendre visite au nouveau! Et bien je ne vais pas y aller par quatre chemins; je vous laisse dix secondes pour dégager, sinon il va vous arriver un malheur à vous aussi.
Il entendit alors la fille faire demi-tour, et c'est alors qu'il dit:
- Attends!
La fille s'arrêta net, comme pétrifiée.
Alexandre s'était retourné et regardait tous les autres adolescents. La fille devait mesurer dix, voire quinze centimètres de moins que lui. Elle avait un visage angélique, et de longs cheveux noirs parfaitement lissés qui lui tombaient environ au milieu du dos. Elle portait une mini jupe en jean, avec un petit débardeur blanc.
Il y avait effectivement Arthur, et un autre garçon se trouvait à côté de lui. Celui-ci avait le physique de Stallone, en bref, c'était le genre de personne qu'il valait mieux éviter d'embêter, par mesure de sécurité. Il avait des cheveux blonds coupés courts. Il n'avait cependant pas le visage de celui qui est né pour tout casser, il avait plutôt un air rassurant et bienveillant.
Face à la fille se tenait l'élève qui avait été ridiculisé par Alexandre pendant le cours de mathématiques, et derrière lui, deux frères jumeaux à la carrure du collègue d'Arthur. Ils devaient dépasser de dix centimètres le sommet du crâne de l'élève ridiculisé.
- Que voulais-tu me demander? continua Alexandre.
La fille revint alors vers Alexandre, mais elle n'eut pas fait trois pas dans sa direction que l'élève lui dit:
- Tu es sourde ou quoi Mencho! dit le garçon. Je vous ai dis de dégager, sinon on vous refait le portrait à vous aussi!
- Ils ne partiront que lorsqu'ils le voudront! dit aussi froidement Alexandre. Et à qui avais-tu l'intention de refaire le portrait? J'espère juste que ce n'est pas de moi dont tu parles!
Cette fois-ci Alexandre s'était levé et faisait face aux trois autres élèves.
- Je crois bien que c'est de toi dont je parle, et alors, où est le problème? dit l'adolescent le sourire aux lèvres. Qu'est-ce que tu comptes faire, tu es seul, et nous, nous sommes trois, et vu ton physique, tu ne feras pas le poids!
Le garçon qui était à côté d'Arthur intervint alors:
- Allons Zacharia, laisse tomber!
Les deux jumeaux poussèrent le garçon et ce dernier se retrouva projeté sur le sol.
- Depuis quand est-ce que je t'ai autorisé à m'adresser la parole? répondit sèchement le Zacharia.
- C'est moi que tu veux, alors laisse les tranquilles! dit Alexandre en s'avançant vers les trois élèves.
- Tu apprendras vite qu'ici, c'est moi qui contrôle tout et qui fait la loi.
Alexandre n'était plus qu'à deux mètres de l'élève lorsqu'il dit:
- Pour moi, tu n'es rien, et sache que jamais tu ne dicteras ni mes pas et ni mes faits!
Zacharia se mit alors à rire au nez d'Alexandre.
- C'est exactement ce qu'ils ont tous dit la première fois, et maintenant regarde, même le petit Anthony Merlou est un soumis, alors toi, tu n'es rien à côté!
- Tu sembles oublier quelque chose, dit alors Alexandre, je ne suis pas comme eux, et jamais je ne le serai.
L'élève stoppa net son rire et se retourna vers les jumeaux:
- Montrez-lui qui commande ici!
- Et pourquoi ne le fais-tu pas toi même? lança aussitôt Alexandre.
Zacharia fit volte face et sauta sur Alexandre en essayant de lui donner un coup de poing. Son crochet du droit était plutôt rapide, mais Alexandre fit un pas sur sa gauche pour éviter le coup, puis, de sa main droite il prit le poignet de Zacharia et il plaça son coude de façon à bloquer l'arrière bras de l'élève. Une fois qu'il eut réussi à immobiliser le bras, il donna un violent coup avec son ventre au niveau du coude et ce dernier changea de place, donnant au bras de Zacharia un angle qu'il n'aurait jamais dû avoir, et le tout dans un bruit d'os craqués.
Zacharia poussa un terrible hurlement, la fille en plaqua ses mains sur sa bouche apeurée, Arthur eut un haut le c½ur, et Anthony fronça les sourcils.
Puis il se déplaça vers les jumeaux, et avec la paume de ses mains, il frappa le nez de chacun, faisant sortir un flot de sang. Il revint ensuite dans la même position que lorsqu'il avait déboité le coude de son "adversaire" et il redonna une impulsion sur le bras meurtri et ce dernier se remit en place aussitôt, et toujours dans un bruissement d'os broyés.
Zacharia poussa un autre cri de douleur tout aussi horrible que le premier, puis plus rien, il avait retrouvé l'usage de son bras, comme si rien ne s'était passé.
- Toi, dit-il le souffle court, je vais te...
- Oui, fit Alexandre amusé.
Zacharia fit demi-tour en vitesse et partit, suivi par les jumeaux qui se tenaient le nez pour éviter les saignements.
Alexandre les regarda fuir, sourit, puis se retourna vers Arthur et les deux autres:
- Qu'est-ce que vous vouliez me demander?
Il les vit hésiter, puis il aperçut Arthur pousser légèrement la fille qui grommela et fit un petit pas en avant:
- Heu, hésita-t-elle, nous... heu... nous voulions savoir si tu voulais venir manger avec nous?
Alexandre réfléchit pendant deux secondes, puis il dit avec un sourire:
- Après tout, pourquoi pas, mais avant tout, je pense que quelqu'un va venir me parler.
- Pardon, mais qui? demanda le garçon à côté d'Arthur.
- Le directeur, et je pense qu'il devrait être là d'ici, allez, disons une minute vingt. Pourquoi ne profiterions nous pas de ce temps pour faire les présentations?
Les trois amis se regardèrent stupéfaits, puis la fille commença:
- Bon, et bien moi je m'appelle Kity Mencho, je viens d'une des banlieues de Lyon, fille d'un père alcoolique et d'une mère soumise. J'ai trois frères et une s½ur, tous plus petits que moi. Je suis venue ici en sixième, et depuis je n'ai pas changé d'établissement...Euh... je crois que c'est pour toi! dit-elle en montrant derrière lui.
Alexandre avait vu juste, le directeur venait à grands pas dans leur direction. Il s'arrêta à vingt mètres d'eux et fit un geste à Alexandre. Ce dernier s'avança vers le directeur, et lorsqu'il fut face à lui, ils se dirigèrent derrière un bosquet. Le directeur avait le regard sombre et énervé, et lorsqu'ils furent face à face, il dit:
- Je pense que tu n'ignores pas la raison de ma présence!, sa voix était légèrement tremblante.
- Non monsieur, répondit Alexandre d'une voix ferme en se mettant au repos militaire.
- Alors pourquoi l'as-tu fait?
Cette fois, sa voix avait littéralement explosé, et Alexandre suspectait les élèves qui n'étaient pas encore dans le self d'entendre tout ce que le directeur crachait comme paroles.
- Je croyais que nous étions d'accord sur certains points, reprit-il, et juste au cas où tu l'ais déjà oublié, ce que tu viens de faire en faisait partie! Tu sais que je peux te renvoyer d'où tu viens?
- Sauf votre respect, je crois bien que jamais vous n'en viendrez à cette extrémité, dit Alexandre toujours aussi calme, sinon je crains que ce ne soit ensemble que nous y entrerons, et du même côté cette fois-ci! Je ne sais pas ce qu'ils ont pu vous raconter, mais c'est en légitime défense que j'ai agi!
- Cela n'empêche pas le fait que tu ais utilisé des techniques censées ne jamais sortir du centre, et sur des élèves de mon établissement! la voix du directeur s'était radoucie et était de nouveau calme. Je te signale que l'on se retrouve avec deux nez cassées et un bras qui, par bonheur, est parfaitement remboité.
- Il est vrai que j'ai lâchement abusé de ma supériorité; ils n'étaient que trois! Mais vous, vous savez qui je suis, et vous savez ce qu'il arrive lorsque l'on me provoque!
- Mais pour l'amour du ciel, c'est du passé tout ça, oublie le, c'en est fini pour toi! sa voix avait de nouveau explosé.
- Et vous, avez-vous réussi à tout oublier du vôtre, comme si rien n'avait jamais existé?
Le directeur resta muet durant quelques secondes, et finit par dire:
- Bon, ça va pour cette fois, mais ne t'avise plus jamais de recommencer. C'est décidément dans tes habitudes de t'attirer des problèmes à chaque fois que tu arrives dans un nouvel établissement! un petit sourire s'était dessiné sur ses lèvres.
- Sachez bien monsieur, que je suis vraiment désolé si je vous ai créé des problèmes, mais je n'ai encore jamais été soumis, alors ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer!
- Je me demande si parfois tu ne ferais pas mieux de ranger les poings dans tes poches de temps à autres, juste histoire d'éviter de te faire remarquer et de te créer des problèmes.
- Mais ça ne ferait que m'en créer d'autres!
Le directeur accusa un petit rire et dit:
- Aller, dégage avant qu'il ne me vienne à l'idée de te sanctionner!
Alexandre lui sourit et retourna vers les autres. Juste avant qu'il ne tourne derrière les buissons, il entendit le directeur lui lancer:
- Et par pitié, enlève moi ces habits! Tu sais très bien que je ne veux plus rien voir qui ait un rapport avec cet établissement!
Alexandre lui adressa un geste de la main par dessus son épaule et il avança vers les trois élèves qui étaient restés là à l'attendre:
- Désolé, leur dit-il, le dirlo vient de me passer un petit savon.
- Tu parles d'un "petit savon", on l'a entendu crier jusqu'ici! dit instinctivement Arthur.
- Oh non, lui répondit Alexandre, lorsqu'il est vraiment énervé, c'est ce qui vient de se passé, mais en puissance dix. Au faîte, où en étions-nous avant d'être interrompu?
- Je venais de finir de me présenter, dit Kity. C'est à toi maintenant.
Alexandre réfléchit un instant pour savoir comment se présenter, puis il dit:
- Je m'appelle Alexandre Schudler, et je viens d'un institut spécialisée dans lequel je suis depuis l'âge de mes six ans. Là bas j'y ai étudié des techniques très poussées en matière de mathématiques, de physiques et d'informatiques.
- C'est pour ça que tu as un tel niveau en math! dit aussitôt Arthur.
Alexandre hocha la tête en signe d'approbation.
- Et c'est tout? demanda le garçon qui jusque là avait gardé le silence.
- Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus pour le moment! J'ai honoré ma part du contrat, à vous maintenant!
- Et pourquoi devrait-on tout te dévoiler alors que toi tu te contentes de nous dire que nous n'avons pas besoin de te connaitre? dit l'élève.
- Parce que si je vous raconte tous sur moi, d'une vous ne me croirez jamais, et de deux, je devrais vous tuer, et je n'en ai pas du tout envie!
Il avait pris un air si convaincant qu'aucun des adolescents n'osa le contredire.
- Tu t'appelles Anthony Merlou si je ne me trompe? dit Alexandre, histoire de détendre l'atmosphère.
Anthony fit "oui" de la tête.
- Très bien, je n'ai pas besoin d'en savoir d'avantage sur vous, poursuivit Alexandre. Maintenant, si vous le permettez, je vais aller me changer.
Les trois amis se regardèrent, puis Kity prit la parole:
- Mais à quoi bon, nous n'allons pas en cours de l'après-midi, tu auras bien le temps de te changer ce soir.
- Pardon? dit Alexandre stupéfait. Mais pourtant sur mon emploi du temps, il est marqué que nous avons deux heures de français puis deux heures de géographie cet après-midi.
- Attends deux secondes, dit Anthony, tu es bien des nôtres?
- Bien sûr! répondit Alexandre sans même comprendre le véritable sens de la question.
- Dans ce cas, tu dois savoir que certains de nos après-midi, nous ne sommes pas en classe entière.
- Pardon, mais je n'étais pas au courant.
- Peut être que dans son ancien établissement, ce n'était pas tout à fait pareil? suggéra Arthur.
Pour éviter de passer pour un fou, Alexandre fit signe que "oui" et il les suivit vers le self.
Lorsqu'ils en sortirent, Alexandre avait cessé de se poser des questions sur les activités prévues l'après-midi, et il suivit les trois adolescents qui au lieu de monter dans le hall du lycée, descendirent par un petit escalier se trouvant derrière la porte d'un placard à balais.
- Euh...où va t'on exactement? demanda Alexandre un peu perdu.
Anthony soupira et ce fut Arthur qui répondit à sa question:
- Nous descendons dans les sous sols du lycée, c'est notre zone d'entraînement!
Alexandre fit un "Ah" étouffé puis continua à les suivre. Ils descendirent pendant presque deux minutes avant d'arriver dans un immense gymnase. Il y avait au centre le directeur qui les attendait, et ils devaient être les premiers présents.
Tous les murs de la pièce étaient couverts d'armes médiévales en tous genres et de toutes tailles, du simple poignard, jusqu'aux hallebardes.
Sur le mur à droite du directeur, il y avait une porte de fer renforcée.
En se tournant, Alexandre vit le rideau de cheveux de Kity disparaître derrière la lourde porte de fer. Le directeur lui fit signe de les suivre, et Alexandre exécuta sans se poser la moindre question, et lorsqu'il eut franchi la porte, il se retrouva dans un immense vestiaire dont les murs étaient couvert d'armoires métalliques. Vers le fond, il vit les trois amis se changer et enfiler chacun une armure grecque.
Alexandre lâcha son sac et se dirigea vers Anthony:
- Mais que faites-vous? demanda-t-il stupéfait.
Les trois adolescents le regardèrent comme s'il s'agissait d'un fou, puis ce fut Arthur qui répondit:
- Et bien, on se change, et tu devrais en faire autant sinon tu vas te faire démonter. Tiens, ton armoire est ici!
Il lui montra du doigt une armoire qui brillait comme si elle n'avait jamais servi, et tout en haut figurait son nom et son prénom en lettres argentées. Il ouvrit de grands yeux, comme si ces derniers allaient sauter de leur orbite, puis il pivota sur ses talons, sortit du vestiaire et se dirigea vers le directeur tout en claquant la porte dans un immense bruit de ferraille:
- Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel? dit-il sèchement. Mais où est-ce que je suis?
Le directeur le regarda sans laisser filtrer la moindre expression, puis il lui répondit:
- Tu es ici dans le lieu d'entrainement des futurs "protecteurs de la porte".
- Attendez, vous parlez bien de ces personnes que nous étions censés abattre dès que nous en voyions un?
Le directeur acquiesça de la tête.
- Mais je croyais que ce n'était qu'une légende censée nous motiver lorsque nous n'en pouvions plus! poursuivit Alexandre. Et vous, qu'est-ce que vous faites là s'il s'agit d'un lieu d'entraînement pour ces personnes?
- A ton avis, là où nous étions, il ne pouvait pas y avoir d'espions?
- Alors vous voulez dire que vous nous avez rabâché toutes ces histoires pendant sept ans, et tout ça afin de nous espionner?
Le directeur lui sourit et commença à lui expliquer:
- C'est bien plus difficile que ça tu sais! J'étais là bas pour pouvoir brouiller nos pistes et masquer notre présence. Au final, vous étiez formés pour parvenir à nous tuer, non pire, nous exterminer.
- Mais alors pourquoi m'avez-vous tant entrainé si vous saviez que j'allais peut être, et même certainement me retourner contre vous?
Le directeur lui mit la main sur l'épaule et le regarda au plus profond de ses yeux.
- Ecoute moi bien, j'ai toujours su que tu n'étais pas comme les autres, que, comme tu me l'as si bien dis tout à l'heure, jamais personne ne parviendrait à te soumettre. Je l'ai toujours perçu en toi, et c'est...
- Vous m'avez donc formé au profit de l'état tout en sachant qu'un jour je vous reviendrai! le coupa Alexandre. C'est donc pour cette raison que vous êtes venu m'aider avant hier! Mais alors, vous saviez ce qui allait se passer ce soir là!
- Oui, je m'en doutais quelque peu, mais je ne pensais pas que ça irait aussi loin.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par « aller aussi loin »? Est ce que vous saviez ce qui allait arriver!
Sa dernière phrase n'avait plus rien à voir avec une question, et on sentait qu'Alexandre commençait à perdre son sang froid et à se laisser emporter.
- Pour elle, j'en étais quasiment sûr! dit sobrement le directeur.
- Alors vous auriez pu m'empêcher de le faire! dit Alexandre la voix tremblante.
- Sache que je suis vraiment désolé, mais j'ai quelque chose à te révéler! (Alexandre leva ses yeux qui étaient devenus humides vers le plafond) Ce n'est pas de ta faute pour elle! (ses yeux redescendirent et dévisagèrent le directeur) Nous avions réussi à la sauver, mais vue ce que tu avais fais, il leur fallait qu'elle disparaisse afin que tu sois condamné, alors ils l'on fait...
Alexandre tomba alors à genoux tout en se bouchant les oreilles et en lui criant de se taire, mais le directeur lui dit:
- Lève toi s'il te plait! Tu es maintenant parmi nous, et je vais te donner les moyens de te venger d'eux, mais pour ça, il faut que tu saches une chose: nous avons une règle claire ici! "Il n'y a que lorsque l'on est mort que l'on à le droit de tomber au sol et d'y rester, sinon on se doit de se relever et de combattre!"
- Je me fout royalement de vos règles! hurla Alexandre
- Relève toi s'il te plait, elle n'aurait jamais voulu que tu restes par terre, je croyais qu'elle t'aimait parce que tu étais un battant et que tu te redressais toujours! Alors relèves toi!